13.8.11

Expressions : têtes de caractère


Franz Xaver Messerschmidt est un sculpteur germano-autrichien né le 6 février 1736 à Wiesensteig (Bavière) et mort le 19 août 1783. Professeur-adjoint à l’Académie royale de Vienne, il fut le portraitiste des familles régnantes, des cercles aristocratiques et intellectuels vivant dans la capitale autrichienne et en Bavière. Il est principalement connu pour sa série ; les 69 « têtes de caractère ».


La série de « têtes de caractères », en métal (alliage d’étain et de plomb) et en albâtre, est récupérée après le décès de Messerschmidt en 1783 par le frère de l'artiste. Celui-ci se sépare de plusieurs œuvres et vend à un cuisinier un ensemble de quarante-neuf têtes. Elles sont montrées à Vienne en 1793 pour une exposition publique. La série, acquises par un certain Joseph Jüttner est à nouveau exposées à Vienne en 1835. Un article leur est consacré dans le journal Der Adler (numéro 286 du 30 novembre 1839), avec une lithographie les illustrant toutes.
Avec ces têtes sculptées d'une émotivité exacerbée, au sourire grimaçant, Messerschmidt rompt avec le néoclassicisme. Les rares écrits du sculpteur consacré à ses têtes, ne les qualifient pas : il s'agit pour lui de Kopfstücke (« têtes »). L’appellation « têtes de caractères » (Charakterköpfe) été donné par l'auteur anonyme du livret de la première exposition publique de l'artiste, en 1793, soit dix ans après sa mort. C'est ce même auteur qui inventa en 1793 les titres des oeuvres : L’Homme qui pleure comme un enfant, L’Homme souffrant de constipation, ou encore Le Bassoniste incapable … Ceux ci n'ont été conservé que par commodité, ils sont utilisés dans la bibliographie consacré au sculpteur.

















• Documenta

31.7.11

Tango Rosa




ROSA, tango, par Jacques Brell

Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa, rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis

C'est le plus vieux tango du monde,
Celui que les têtes blondes
Ânonnent comme une ronde
En apprenant leur latin.
C'est le tango du collège
Qui prend les rêves au piège
Et dont il est sacrilège
De ne pas sortir malin.
C'est le tango des bons pères
Qui surveillent l'oeil sévère
Les Jules et les Prospères
Qui seront la France de demain.

Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa, rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis

C'est le tango des forts en thème,
Boutonneux jusqu'à l'extrême
Et qui recouvrent de laine
Leur coeur qui est déjà froid.
C'est le tango des forts en rien
Qui déclinent de chagrin
Et qui seront pharmaciens
Parce que papa ne l'était pas.
C'est le temps où j'étais dernier
Car ce tango rosa, rosae
J'inclinais à lui préférer
Déjà ma cousine Rosa.

Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa, rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis

C'est le tango des promenades,
Des parcelles sous les arcades
Cerclées de corbeaux et d'alcades
Qui nous protègent des pourquoi.
C'est le tango de la pluie sur la coeur,
Le miroir d'une flaque sans amour,
Qui m'a fait comprendre un beau jour
Que je ne serais pas Vasco de Gamma.
C'est le tango du temps béni
Où pour un baiser trop petit
Dans ma clairière d'un jeudi
A rosi cousine Rosa.

Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa, rosae, rosae, rosas, rosarum, rosis, rosis

C'est le tango du temps des zéros,
J'en avais tant, des minces, des gros,
J'en faisais des tunnels pour Charlot,
Des auréoles pour saint François.
C'est le tango des récompenses
Qui allaient à ceux qui ont la chance
D'apprendre dès leur enfance
Tout ce qui ne leur servira pas.
Mais c'est le tango que l'on regrette
Une fois que le temps s'achète
Et qu'on s'aperçoit tout bête
Qu'il y a des épines Rosa.



La curiosité est l'une de caractéristiques sûres et les plus permanentes d'une intelligence vigoureuse. —S.J.

24.7.11

Caricatures: les grimaces


Louis-Léopold Boilly (1761-1845), Les Grimaces, 1, lithographie, 1824. Une parmi les nombreuses lithographies humoristiques du peintre.
Grimacer est un art. Disparate, feinte ou spontanée, fine ou grossière, acrimonieuse ou affable, la grimace subjugue de sa présence expressive toutes les époques et captive toutes les disciplines artistiques. Couchée sur papier, colorée de pigment, taillée dans le marbre, sculptée dans l’albâtre ou encore fixée sur cliché, elle est envisagée dans tous ses états. Elle peut questionner les rapports entre le moral et le physique, là où les « visages insolents, excessifs ou hors de contrôle son aperçues comme une offense à l’encontre des règles de la beauté idéale » (Martial Guédron, L’art de la grimace, Paris : Hazan, 2011).
Spontanée, la grimace fut aussi perçue comme expression des caractères et des passions, comme l’indice d’une nature humaine à l’image d’un langage « primitif » prompt à trahir une animalité. Simulée ou envisagée du point de vue de l’artiste, de Jean-Jacques Lequeu aux productions photographiques contemporaines en passant par Franz Xaver Messerschmidt, elle rompt avec les canons fixant les représentations du corps. Aussi les caricaturistes de presse en feront- ils un vaste champ d’exploration. Travaillée enfin, la grimace put être perçue comme apparentée à l’hypocrisie sinon à la conspiration (Véronique Fau-Vincenti, « Caricatures », Le monde diplomatique, juillet 2011, p. 25).

Boilly, Les cinq sens, 1823. Lithographie, 21 x 18cm.

Boilly, Une loge, un jour de spectacle gratuit, 1830. 32,5 x 41,7 cm. Musée Lambinet, Versailles

Boilly, Ah! le chic-en-lit, lit, lit, lithographie, 1824

Boilly, Réunion de 35 têtes d'expression. Musée des Beaux-Arts, Tourcoing

Boilly, Les Grimaces, 7

Boilly, Le pouvoir de l'Eloquence, 1824

Boilly, Les Grimaces, 3

Commons
Marinni
Paper Mate
World Historical Comics

10.7.11

Le grand trésor hindou à Trivandrum


Un trésor de plusieurs milliards d'euros découvert sous un temple au Kerala. C'est le plus grand trésor jamais découvert à ce jour, en Inde et dans le monde.

L’or se compterait par quintaux, les diamants par sacs entiers, des pièces d’orfèvrerie d’une valeur indicible seraient enfouies au milieu de monceaux de pierres précieuses… Autant de richesses qui dormaient depuis au moins 1872, oubliées de tous. Parmi les objets les plus remarquables, ont été retrouvés une gerbe de 500 kilos d’or pur, une chaine en or de 5 mètres de long, pesant plus de 10 kilos, un voile brodé de 36 kilos d’or, des couronnes et des bijoux, et une statue de Vishnu de plus d’un mètre de haut, incrustée de diamants et de pierres précieuses. Beaucoup de pièces de monnaie ont été découvertes, dont certaines, françaises, dateraient de l’époque napoléonienne. Des pièces d’or frappées en 1772 ont également été retrouvées (Aujourdhui).


Vishnou Padmanabha, or, 16e siècle
Temple de Padmanabhaswami, Trivandrum (Thiruvananthapuram), Kerala

Des tonnes de pièces d’or et de bijoux, des sacs remplis de diamants, des figurines incrustées d’émeraudes et de rubis, et même un collier en or massif de cinq mètres de long : l’inventaire en cours dans les sous-sols du temple de Padmanabhaswami [Shri Padmanabhaswami à Trivandrum], dans le sud de l’Inde, est en train de mettre à jour un trésor digne d’un véritable conte de fées. [Le temple dédié à Vishnou a été construit par les maharajahs qui dirigeaient le royaume de Travancore à l'époque. Il est resté sous le contrôle de l'ex-famille royale après l'indépendance de l'Inde de la couronne britannique en 1947.] Selon les premières estimations, la valeur de cette incroyable découverte s’élèverait déjà à près de 15 milliards d’euros, soit plus que le budget annuel que consacre l’Inde à l’éducation. Et encore, ce chiffre est probablement sous-évalué puisque «la valeur archéologique n’a pas encore été prise en compte», a précisé C.S. Ranjan, membre de l’équipe chargée de l’inventaire.


Vishnou

Entamées lundi, les fouilles ne sont, par ailleurs, pas encore terminées. Sur les six chambres souterraines de cet édifice dédié au dieu Vishnou, deux restent encore à explorer, dont une qui n’a pas été ouverte depuis cent quarante ans. Le trésor serait d’ailleurs resté dans les ténèbres si un avocat n’avait pas approché la justice en dénonçant la «mauvaise gestion» du site, poussant la Cour suprême à ordonner un inventaire. Contrairement aux autres temples de la région, passés sous contrôle de l’Etat lors de l’indépendance en 1947, Padmanabhaswami est géré par une fondation issue de la famille royale de Travancore, ancien royaume aujourd’hui intégré à l’Etat du Kerala. Selon les historiens, le butin proviendrait non seulement des offrandes faites par les pèlerins au cours des siècles, mais aussi du trésor personnel des maharajas de Travancore. Etroitement liés à l’histoire de ce temple, qu’ils avaient fait construire au XVIe siècle, ceux-ci auraient caché là une partie de leurs biens, afin d’éviter, notamment, qu’ils ne tombent entre les mains des colons anglais.
Bien que la valeur exacte du trésor reste encore à déterminer, Padmanabhaswami a toutes les chances de devenir officiellement le temple le plus riche d’Inde (Pierre Prekash, L’Inde déterre un trésor hindou faramineux, Liberation, France, 9.7.11).

Iconographie
par Mariano Akerman

Vishnou comme Padmanabha. Le dieu repose sur le serpent (Vestige ou Shesha Nâga) et dort en attendant la création. Le lotus symbolise le déploiement de la création, mais aussi la pureté.


Vishnou Padmanabha, peinture. Temple de Padmanabhaswami, Trivandrum


Affiche

Vishnou Padmanabha, sculpture, temple de Munneswaram, Puttalam, Sri Lanka (Leon Meerson)

Vishnou Padmanabha, peinture, 1780-90. The National Museum, New Delhi. La divinité Vishnou s'incline sur la bobine du grand serpent Shesha, tandis que Brahma ressort de son nombril. Lakshmi, épouse de Vishnou, caresse ses pieds avec dévotion.

Vishnou Padmanabha, peinture, c. 1700-50. Banaras Hindu University, Varanasi, Uttar Pradesh, Indie. XVIIIe siècle Vaishnava peinture de Vishnou sur le serpent Shesha Anant avec consort Lakshmi; Brahma émerge dans un lotus du nombril de Vishnou.

Pour savoir plus:
Vishnu en flor
Vishnu Padmanabha

14.6.11

Psychologue, psychiatre... qui fait quoi?


« Ce qu'on a dans la tête » ou Sigmund Freud et L'Interprétation des rêves en 1900

Le psychiatre. C'est un médecin spécialisé en psychiatrie (bac +10). Il exerce donc une profession médicale reconnue et encadrée par l'Etat. En tant que médecin, il est le seul professionnel à pouvoir prescrire des médicaments pour traiter les maladies mentales et les troubles psychiques. Ses consultations sont remboursées par la Sécurité sociale. Nombre en France: 13 000.

Le psychologue. C'est un universitaire diplômé au minimum d'un master en psychologie (bac +5). Il prend en charge des personnes présentant des difficultés personnelles ou psychiques. Seules les consultations dans les centres médico-psycho-logiques reconnus par la Sécurité sociale sont remboursées. Nombre en France: 40 000.

Le psychothérapeute. Après six ans de flou, le décret d'application de mai 2010, qui réglemente la profession de psychothérapeute, a mis fin au charlatanisme de certains. Jusque-là, n'importe qui pouvait se dire psychothérapeute. Dorénavant, l'obtention de ce titre suppose d'avoir suivi une formation en psychopathologie agréée par l'Etat ou de pouvoir justifier d'au moins cinq ans de pratique avant mai 2010. Le décret ne précise néanmoins toujours pas la liste des écoles reconnues officiellement. Il a par ailleurs suscité la colère des psychologues, qui s'estiment lésés. Ces derniers devront suivre un complément de formation de 150 heures, dont sont dispensés les psychiatres. Nombre en France : 10 000.

Le psychanalyste. Il n'existe aucun diplôme reconnu par l'Etat. Pour devenir psychanalyste certifié, il faut avoir suivi soi-même une cure analytique d'une durée de six ans en moyenne, et appartenir à une association officielle. Le psychanalyste est supervisé par un pair tout au long de sa formation et de sa carrière professionnelle. Les honoraires, non remboursés, sont à la discrétion du psychanalyste (L'Express.fr, 13.07.2011).

1.5.11

Parce que tu pars


Est-ce que, lorsqu'on sait que l'on va partir, on acquiert une lucidité qu'on n'a pas eue auparavant ? Georges Simenon : Lettre à ma mère



"S'abandonner au désespoir sur la ligne de départ, c'est partir perdant." Normand Reid : T'es fou l'artiste !



"Les départs devraient être soudains." Benjamin Disraeli


En français, Porque te vas signifie "Parce que tu pars".


Dans le Madrid des années 1970, Ana, 8 ans, a été témoin de la mort de ses parents : son père mort dans les bras de sa maîtresse et sa mère, partie dans d'atroces souffrances, faute d'être aimée. Élevée par Paulina, sa tante maternelle, elle se réfugie alors dans ses rêves et souvenirs pour retrouver sa mère.
C'est une fable sur l'enfance, l'âge adulte et la distance entre ces deux mondes dans une Espagne franquiste et bourgeoise cloisonnée dans ses codes et ses interdits.
C'est une vision sans idéalisme sur le monde enfantin et sur l'Espagne pendant le Franquisme. Ana, le personnage principal, pense qu'elle a le pouvoir de faire revivre sa mère par la seule force de ses souvenirs. Mais aussi celui de faire mourir son père qu'elle juge responsable de la mort de sa mère et sa tante qui ne réussit pas à remplacer cette dernière. Ana porte sur les adultes un regard d'enfant extrêmement mûr, rempli de cynisme et de réalisme. Dans cette histoire, Carlos Saura mélange habilement le présent avec Ana devenue adulte qui analyse les moments qu'elle se remémore, le passé avec le souvenir omniprésent de sa mère et le futur.


Porque te vas, des adaptations en français:

1. PORQUOI TU VIS


On t'a fait un monde trop petit
pour tes idées,
Pour la petite des grands yeux écarquillés
sur l'infini.

Tu es prisonnière de ta maison,
de tes parents,
De cet adulte qui te dit qu'il a raison,
et qui te ment.

Toi, tu es née pour la folie, pour la lumière
Pour des pays
peuplés des rois.
Et tu te demandes dans ta nuit de prisonnière
Pourquoi tu vis
et où tu vas,
Pourquoi tu vis
et où tu vas …

Tu n'as pas d'avion, ni de bateau
pour t'en aller.
Les illusions qui restent sont un grand radeau,
Qui va couler,
Et pourtant tu veux, de tout ton corps,
de tout ton cœur
Briser enfin le noir et blanc de ton décor,
De grandes couleurs.

Toi, tu es née pour la folie, pour la lumière
Pour des pays
peuplés des rois.
Et tu te demandes dans ta nuit de prisonnière
Pourquoi tu vis
et où tu vas,
Pourquoi tu vis
et où tu vas.


"Ce n'est pas facile de partir si personne n'attend votre retour." Francis Dannemark : Qu’il pleuve

2. POURQUOI TU PARS ?

C'est bien réfléchi, tu vas partir
Mon cœur est triste
C'est décidé, tout est fini
Je n'comprends pas
Pourquoi tu pars

Dans mes insomnies, ma solitude
Pensant à toi
Mes souvenirs ne cesseront de défiler
Pourquoi tu pars

Toutes les promesses de mon amour ne sont qu'à toi
Ne t'en va pas
Reste avec moi (hein hein)
J'essuierai les larmes de mon cœur en pensant à toi
Pourquoi tu pars
Pourquoi tu pars
Pourquoi tu pars

Le regard posé sur l'horizon
J'ai fait ce rêve
De ma mémoire, tout n'est regrets et sentiments
A tout jamais
Je voudrais retrouver le sommeil
Fermer les yeux
Penser à nous
Imaginer que soit possible
Vivre sans toi

Toutes les promesses de mon amour ne seront qu'à toi
Ne t'en va pas
Reste avec moi
J'essuierai les larmes de mon cœur en pensant à toi
Pourquoi tu pars
Pourquoi tu pars
Pourquoi tu pars
(bis)

Toutes les promesses de mon amour ne seront qu'à toi
Ne t'en va pas
Reste avec moi
J'essuierai les larmes de mon cœur en pensant à toi
Pourquoi tu pars
Pourquoi tu pars
Pourquoi tu pars
(bis)


"Partir, c'est mourir un peu. Poursuivre le voyage, c'est peut-être ressusciter. Le vrai voyageur, c'est celui qui jamais ne tente de revenir en arrière." Jacques Renaud : En d'autres paysages

15.4.11

French Roast




French Roast, un film de Fabrice Joubert, Pumkin Factory, 2008


4.4.11

Ces choses qui peuvent ruiner votre CV


Le CV, de son nom barbare « curriculum vitae », est l'outil indispensable de toute recherche d'emploi. Souvent négligé au profit d'une lettre de motivation plus soignée, le CV reste pourtant le document primordial pour vous matérialiser en tant que collaborateur potentiel. C'est sur cette simple feuille que vont reposer toutes les données factuelles qui vont amener le responsable des ressources humaines à se pencher sur votre lettre de motivation et, dans le meilleur des cas, vous recevoir en entretien.

Le marketing appliqué à soi-même. Un bon CV repose d'abord sur un projet personnel. Il traduit de manière concrète votre parcours, vos envies d'évolution et vos choix professionnels. Un employeur potentiel ne manquera pas de remarquer un profil instable (trop de sociétés qui s'enchaînent sur de courtes périodes) ou indécis (une année boulanger, l'année suivante banquier). Veillez à ce que les informations mentionnées valorisent votre démarche professionnelle et traduisent une envie claire, qui ne laisse à votre interlocuteur que peu de doute sur votre motivation générale.

Les détails qui tuent. Si dans la vie courante, toutes les fantaisies sont possibles, dans la vie professionnelle il convient d'obéir à un certain nombre de règles tacites, qui traduisent notre rapport à la sphère sociale et démontre notre rigueur et notre sérieux.

- Oubliez la postérité : il s'agit là d'un document « administratif », il ne s'agit pas d'une démarche créative ou littéraire. Il convient donc d'éviter les envolées grammaticales ou stylistiques, de même que les adverbes (extrêmement, brillamment, pleinement, etc.) et adjectifs (brillant, doué, spécialiste, etc.) induisant un jugement superflu sur les postes que vous avez occupés et qui pourraient vous faire paraître prétentieux. Restez sobre.

- Renouvelez-vous : offrez-vous le luxe d'ouvrir une boite e-mail spécialement pour vos contacts professionnels. Certes vous êtes attaché à l'adresse que vous utilisez depuis près de dix ans, mais soyons francs : indiquer kikounetaimelafondue@wanadoo.fr comme adresse de contact, ça ne le fera pas.

- Soignez l'orthographe : le langage SMS est l'un des fléaux de notre époque. Même s'il s'avère très pratique pour boucler un message rapidement d'une seule main, vous aurez besoin de vos dix doigts pour taper votre CV, car mieux vaut éviter les abréviations, les acronymes et autres tortures linguistiques.

- Pas de blabla pour rien : ne perdez pas votre temps avec des informations vues et revues, car votre recruteur n'a pas qu'un CV à décrypter pour prendre sa décision. De manière générale, on sait que chaque personne qui postule à en emploi est ponctuel, perfectionniste, qu'elle sait travailler en équipe et qu'elle a une bonne présentation. Vous diriez vous que vous n'êtes jamais à l'heure, que vous bâclez tout et que vous ne vous entendez avec personne ? Mieux vaut démontrer vos compétences de manière factuelle, en valorisant des aptitudes et des postes en rapport, car ces phrases toutes faîtes peuvent donner l'impression que vous ne vous distinguez pas des autres.

- Le recruteur n'est pas votre ami : certaines informations n'ont pas leur place dans la sphère professionnelle, vous n'êtes pas là pour revendiquer votre beauté intérieure ou défendre vos valeurs, mais pour faire valoir votre savoir-faire. Evitez donc les descriptions qui s'inscrivent dans des cadres annexes comme la séduction (jeune, sportif, mince, charmant), ou bien les opinions politiques ou religieuses. De manière générale, évitez d'avoir une approche trop affective ou « intime » : négativité, emballement, humour ou médisance sur votre ancien employeur n'ont pas leur place ici (gardez-les pour vos amis).

- Votre CV n'est pas une nécrologie : inutile d'en faire un document pour laisser aux autres le souvenir de votre passage sur terre. Soyez dynamique ! Rester factuel peut permettre de donner plus de force aux informations que vous souhaitez faire passer. Par exemple, oubliez le « J'ai été… » et concentrez vous sur l'essentiel : Poste occupée, société, fonctions. Simple et efficace (Pampa Presse).

27.3.11

Danse du Bouddha aux mille mains



Cette danse est appelée Avalokitesvara ou "Danse du Bouddha aux mille mains". Ce qu'il faut savoir, c'est qu'elle est exécutée par un groupe de jeunes filles handicapées de Chine. Elles ne peuvent ni parler ni entendre. Elles dansent en lisant les signes donnés par deux professeurs de chaque côté de la scène. Elles sont dorénavant si populaires qu'elles sont invitées dans plusieurs pays du monde.



8.3.11

Manifeste du Futurisme




Filippo Tommaso Marinetti, "Manifeste du Futurisme," Le Figaro, Paris, 1909

Nous avions veillé toute la nuit, mes amis et moi, sous des lampes de mosquée dont les coupoles de cuivre aussi ajourées que notre âme avaient pourtant des cœurs électriques. Et tout en piétinant notre native paresse sur d’opulents tapis Persans, nous avions discuté aux frontières extrêmes de la logique et griffé le papier de démentes écritures.

Un immense orgueil. gonflait nos poitrines, à nous sentir debout tout seuls, comme des phares ou comme des sentinelles avancées, face à l’armée des étoiles ennemies, qui campent dans leurs bivouacs célestes. Seuls avec les mécaniciens dans les infernales chaufferies des grands navires, seuls avec les noirs fantômes qui fourragent dans le ventre rouge des locomotives affolées, seuls avec les ivrognes battant des ailes contre les murs!

Et nous voilà brusquement distraits par le roulement des énormes tram¬ways à double étage, qui passent sursautants, bariolés de lumières, tels les hameaux en fate que le Pô débordé ébranle tout à coup et déracine, pour les entraîner, sur les cascades et les remous d’un déluge, jusqu’à la mer.

Puis le silence s’aggrava. Comme nous écoutions la prière exténuée du vieux canal et crisser les os des palais moribonds dans leur barbe de verdure, soudain rugirent sous nos fenêtres les automobiles affamées.

- Allons, dis-je, mes amis ! Partons ! Enfin la Mythologie et l’Idéal mystique sont surpassés.

Nous allons assister à la naissance du Centaure et nous verrons bientôt voler les premiers Anges ! Il faudra ébranler les portes de la vie pour en essayer les gonds et les verrous !… Partons! Voilà bien le pre¬mier soleil levant sur la terre !… Rien n’égale la splendeur de son épée rouge qui s’escrime pour la première fois, dans nos ténèbres millénaires.

Nous nous approchâmes des trois machines renâclantes pour flatter leur poitrail. Je m’allongeai sur la mienne comme un cadavre dans sa bière, mais je ressuscitai soudain sous le volant – couperet de guillotine – qui menaçait mon estomac.

Le grand balai de la folie nous arracha à nous-mêmes et nous poussa à travers les rues escarpées et profondes comme des torrents desséchés. Ça et là des lampes malheureuses, aux fenêtres, nous enseignaient à mépriser nos yeux mathématiques.

- Le flair, cri ai-je, le flair suffit aux fauves!…

Et nous chassions, tels de jeunes lions, la Mort au pelage noir tacheté de croix pâles, qui courait devant nous dans le vaste ciel mauve, palpable et vivant.

Et pourtant nous n avions pas de Maîtresse idéale dressant sa taille jus¬qu’aux nuages, ni de Reine cruelle à qui offrir nos cadavres tordus en bagues byzantines !… Rien pour mourir si ce n’est le désir de nous débarrasser enfin de notre trop pesant courage!

Nous allions écrasant sur le seuil des maisons les chiens de garde, qui s’aplatissaient arrondis sous nos pneus brûlants, comme un faux-col sous un fer à repasser.

La Mort amadouée me devançait à chaque virage pour m’offrir gentiment la patte, et tour à tour se couchait au ras de terre avec un bruit de mâchoires stridentes en me coulant des regards veloutés au fond des flaques.

- Sortons de la Sagesse comme d’une gangue hideuse et entrons, comme des fruits pimentés d’orgueil, dans la bouche immense et torse du vent !… Donnons-nous à manger à l’Inconnu, non par désespoir, mais simplement pour enrichir les insondables réservoirs de l’Absurde.

Comme j’avais dit ces mots, je virai brusquement sur moi-même avec l’ivresse folle des caniches qui se mordent la queue, et voilà tout à coup que deux cyclistes me désapprouvèrent, titubant devant moi ainsi que deux raison¬nements persuasifs et pourtant contradictoires. Leur ondoiement stupide discu¬tait sur mon terrain… Quel ennui! Pouah !… Je coupai court, et par dégoût, je me flanquai – vlan! – cul pardessus tête, dans un fossé…

Oh, maternel fossé, à moitié plein d’une eau vaseuse ! Fossé d’usine ! J’ai savouré a pleine bouche ta boue fortifiante qui me rappelle la sainte mamelle noire de ma nourrice soudanaise!

Comme je dressai mon corps, fangeuse et malodorante vadrouille, je sentis le fer rouge de la joie me percer délicieusement le cœur.

Une foule de pêcheurs à la ligne et de naturalistes podagres s’était ameutée d’épouvante autour du prodige. D’une âme patiente et tatillonne, ils élevèrent très haut d’énormes éperviers de fer, pour pêcher mon automobile, pareille à un grand requin embourbé. Elle émergea lentement en abandonnant dans le fossé, telles des écailles, Sa lourde carrosserie de bon sens et son capitonnage de confort.

On le croyait mort, mon bon requin, mais je le réveillai d’une seule caresse sur son dos tout-puissant, et le voilà ressuscité, courant à toute vitesse sur ses nageoires.

Alors, le visage masqué de la bonne boue des usines, pleine de scories de métal, de sueurs inutiles et de suie céleste, portant nos bras foulés en écharpe, parmi la complainte des sages pécheurs à la ligne et des naturalistes navrés, nous dictames nos premières volontés à tous les hommes vivants de la terre:

1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.
2. Les éléments essentiels de notre poésie seront. le courage, l’audaoe et la révolte.
3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing.
4. Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive… Une automobile rugissante, qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.
5. Nous voulons chanter l’homme qui tient le volant, dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.
6. Il faut que le poète se dépense avec chaleur, éclat et prodigalité, pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.
7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Pas de chef-d’œuvre sans un caractère agressif. La poésie doit être un assaut violent contre les forces inconnues, pour les sommer de se coucher devant l’homme.
8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles !… A quoi bon regarder derrière nous, du moment qu’il nous faut défoncer les vantaux mysté¬rieux de l’Impossible? Le Temps et l’Espace sont morts hier. Nous vivons déjà dans l’absolu, puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.
9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde, – le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent, et le mépris de la femme.
10. Nous voulons démolir les musées, les bibliothèques, combattre le moralisme, le féminisme et toutes les lâchetés opportunistes et utilitaires.
11. Nous chanterons les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte; les ressacs multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes; la vibration nocturne des arsenaux et des chantiers sous leurs violentes lunes électriques; les gares gloutonnes avaleuses de serpents qui fument; les usines suspendues aux nuages par les ficelles de leurs fumées; les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés; les paquebots aventureux flairant l’horizon; les locomotives au grand poitrail, qui piaffent sur les rails, tels d’énormes chevaux d’acier bridés de longs tuyaux, et le vol glissant des aéroplanes, dont l’hélice a des claque¬ments de drapeau et des applaudissements de foule enthousiaste.

C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme, parce que nous voulons délivrer l’Italie de Sa gangrène de professeurs, d’archéologues, de cicé¬rones et d’antiquaires.
L’Italie a été trop longtemps le grand marché des brocanteurs. Nous vou¬Ions le débarrasser des musées innombrables qui la couvrent d’innombrables cimetières.
Musées, cimetières!… Identiques vraiment dans leur sinistre coudoiement de corps qui ne se connaissent pas. Dortoirs publics où l’on dort à jamais côte à côte avec des êtres hais ou inconnus. Férocité réciproque des peintres et des sculpteurs s’entre-tuant à coups de lignes et de couleurs dans le même musée.

Qu’on y fasse une visite chaque année comme on va voir ses morts une fois par an… Nous pouvons bien l’admettre !… Qu’on dépose même des fleurs une fois par an aux pieds de la Joconde, nous le concevons !… Mais que l’on aille promener quotidiennement dans les musées nos tristesses, nos courages fragiles et notre inquiétude, nous ne l’admettons pas!..

Voulez-vous donc vous empoisonner? Voulez-vous donc pourrir?

Que peut-on bien trouver dans un vieux tableau si ce n’est la contorsion pénible de l’artiste s’efforçant de briser les barrières infranchissables à son désir d’exprimer entièrement son rêve ?

Admirer un vieux tableau c’est verser notre sensibilité dans une urne funé¬raire, au lieu de la lancer en avant par jets violents de création et d’action. Voulez-vous donc gâcher ainsi vos meilleures forces dans une admiration inutile du passé, dont vous sortez forcément épuisés, amoindris, piétinés ?

En vérité la fréquentation quotidienne des musées, des bibliothèques et des académies (ces cimetières d’efforts perdus, ces calvaires de rêves crucifiés, ces registres d’élans brisés!…) est pour les artistes ce qu’est la tutelle prolongée des parents pour des jeunes gens intelligents, ivres de leur talent et de leur volonté ambitieuse.

Pour des moribonds, des invalides et des prisonniers, passe encore. C’est peut être un baume à leurs blessures que l’admirable passé, du moment que l’avenir leur est interdit… Mais nous n’en voulons pas, nous, les jeunes, les forts et les vivants futuristes !

Viennent donc les bons incendiaires aux doigts carbonisés!… Les voici! Les voici!… Et boutez donc le feu aux rayons des bibliothèques! Détournez le cours des canaux pour inonder les caveaux des musées!… Oh qu’elles nagent à la dérive, les toiles glorieuses! A vous les pioches et les marteaux! Sapez les fondements des villes vénérables!
Les plus âgés d’entre nous ont trente ans; nous avons donc au moins dix ans pour accomplir notre tache. Quand nous aurons quarante ans, que de plus jeunes et plus vaillants que nous veuillent bien nous jeter au panier comme des manuscrits inutiles !… Ils viendront contre nous de très loin, de partout, en bondissant sur la cadence légère de leurs premiers poèmes, griffant l’air de leur’ s doigts crochus, et humant, aux portes des académies, la bonne odeur de nos esprits pourrissants, déjà promis aux catacombes des bibliothèques.

Mais nous ne serons pas là. Ils nous trouveront enfin, par un nuit d’hiver, en pleine campagne, sous un triste hangar pianoté par la pluie monotone, accroupis près de nos aéroplanes trépidants, en train de chauffer nos mains sur le misérable feu que feront nos livres d’aujourd’hui flambant gaiement sous le vol étincelant de leurs images.
Ils s’ameuteront autour de nous, haletants d’angoisse et de dépit, et tous exaspérés par notre fier courage infatigable s’élanceront pour nous tuer, avec d’autant plus de haine que leur cœur sera ivre d’amour et d’admiration pour nous. Et la forte et la saine Injustice éclatera radieusement dans leurs yeux. Car l’art ne peut être que violence, cruauté et injustice.

Les plus âgés d’entre nous ont trente ans, et pourtant nous avons déjà gaspillé des trésors, des trésors de force, d’amour, de courage et d’âpre volonté, à la hâte, en délire, sans compter, à tour de bras, à perdre haleine.

Regardez-nous! Nous ne sommes pas essoufflés… Notre cœur n’a pas la moindre fatigue! Car il s’est nourri de feu, de haine et de vitesse !… Ça vous étonne? C’est que vous ne vous souvenez même pas d’avoir vécu! Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles!

Vos objections? Assez! Assez! Je les connais! C’est entendu! Nous savons bien ce que notre belle et fausse intelligence nous affirme. – Nous ne sommes, dit-elle, que le résumé et le prolongement de nos ancêtres. – Peut-être! Soit!… Qu’importe?… Mais nous ne voulons pas entendre! Gardez-vous de répéter ces mots infâmes! Levez plutôt la tête!
Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles!

16.2.11

Buenos Aires : bohème, indocile et élégante


Elle porte bien son nom - Bons Vents - et s'affiche comme une des capitales les plus séduisantes du monde, jouant une carte a part en Amérique du Sud.
Buenos Aires est la capitale de l'Argentine. Elle est parfois dénommée capitale fédérale (pour ne pas être confondue avec la province de Buenos Aires dans laquelle elle est enclavée) et ses habitants sont appelés les Porteños, les habitants du port.

Il faut du temps pour apprivoiser une ville comme Buenos Aires. Immense, elle déroute, charme et surprend les visiteurs. On peut y voir une ressemblance avec Madrid, le goût de Paris dans certains quartiers comme la Recoleta où Haussmann a inspiré quelques disciples ou même une touche de Milan pour ses immeubles très 1940. Ce sentiment européen s'estompe mais ne s'éloigne jamais. Buenos Aires a été fondée par des Européens. L'influence est évidemment européenne, certains cafés ressemblent à ceux d'une grande ville italiènne. Toutefois, Buenos Aires ne cache plus son américanité du sud.
Buenos Aires est de fait devenue facile a vivre pour les visiteurs étrangers contrairement á toutes les mégalopoles mondiales. Loin de toutes les grandes capitales du monde, Buenos Aires doit se découvrir pour son destin à part, loin de des uniformités mondialisées. Elle conserve toujours son charme troublant, nostalgique et irrémédiablement attachant.

Le mate, une boisson tendance. Au-delà de la coutume nationale, le mate (prononcez « maté ») commence à faire parler de lui dans le monde entier. Déjà à la mode dans le quartier branché de Palermo Soho où des spécialistes proposent sa dégustation, l’engouement semble gagner d’autres villes du monde pourtant bien étrangères à ce précieux breuvage.
Mais de quoi s’agit-il me direz-vous ? Que font-ils, tous ces Argentins, avec leur thermo sous le bras, leur drôle de verre et leur pipette, à siroter toute la journée ? Il faut savoir que la prise du « mate » est une habitude qui remonterait à la pratique des Guaranis (Indiens du Nord Est) transmise aux Jésuites à la fin du XVIème siècle et qui est devenue une pratique courante et au-delà des classes sociales dans la vie des porteños comme pour le reste des Argentins.
Une coutume conviviale. Le mate est une boisson qui s’apparente au thé. L’herbe à mate est cultivée exclusivement dans le Nord Est de l’Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Il se boit chaud (d’où le thermo) à l’aide d’une sorte de pipette appelée « bombilla » et se partage. Car elle est bien là l’âme du mate, celle de la convivialité ! Lors de réunion de famille ou entre amis il y a toujours celui qui prépare et réapprovisionne le mate (car servi dans un petit récipient rond, il est nécessaire de le remplir régulièrement) que tout le monde se passe à tour de rôle. Une coutume à laquelle je dois l’avouer je ne me suis pas encore habituée car son goût, plutôt amer, me laisse à penser qu’il faut probablement avoir ses papilles génétiquement préparées pour pouvoir l’apprécier ! Encore que, la version estivale du mate, le « terere », préparé à partir de la même herbe mais servi avec de l’eau froide et une goute de jus de fruit est un excellent rafraîchissement que j’apprécie pourtant ! Et si la consommation est ici régulière (6 jours sur 7), elle ne se limite pas à la sphère privée. Il est tout à fait courant de voir dans les entreprises, chaque employé avec son thermo et son mate sur le bureau, s’adonnant au plaisir du mate tout au long de la journée. Les chauffeurs de taxi, sont aussi de fervents adeptes de la coutume et manient aussi bien le mate que le volant et bien sur les deux en même temps !
Les vertus du mate. La boisson aurait de nombreuse vertus médicinales comme son apport en vitamine A, B et C ou encore ses propriétés d’antioxydant, diurétique ou encore de stimulant similaire au café sans les effets parfois redoutés de ce dernier : insomnie et irritabilité. Ceci expliquant surement cela, aujourd’hui les Argentins en consommeraient 100 litres par habitant et par an contre 50 litres pour les sodas, 34 pour la bière et 30 pour le vin !
Cette coutume argentine est en train de devenir une tendance et s’exporte sur d’autres rivages ! De toute la production d’herbe à mate, 12% est exportée aux Etats-Unis, en Asie et en Europe. Devenant un breuvage exotique, le mate s’est invité dans différents évènements gastronomiques comme le Fancy Food Show à New York ou encore lors de dégustations à Paris. Il est devenu un produit phare en Russie avec des clubs de mate et Madona herself y aurait gouté lors de son passage à Buenos Aires à l’occasion de sa dernière tournée !
Cela ne fait aucun doute que la tendance est en passe d’arriver chez vous, alors n’hésitez plus, à essayer sans modération !

Thérapie virtuelle. Dans un pays qui est connu avant tout pour ses différents attraits touristiques, l’Argentine se distingue aussi par des choses souvent étonnantes et c’est surement ce qui en fait son charme.
Saviez vous justement que c’est le pays avec le taux le plus élevé et record de psychologues par habitant ! Et bien si ! Avec 121 psychologues pour 100.000 habitants, l'Argentine se place loin devant le Danemark et depuis plusieurs décennies maintenant ! On n’a pas l’intention d’analyser le pourquoi du comment mais au contraire de vous rapporter un nouveau phénomène qui se développe en Argentine à la vitesse grand- V des nouvelles technologies : la thérapie virtuelle. Entendez la thérapie individuelle ou de groupe via ordinateur et connexion internet interposés. L’idée est apparue au Docteur Carlos Pachuk, un jour où il s’est mis, avec une collègue, à écrire un conte de science fiction il y a plus de 13 ans qui évoquait le thème (très actuel) des ovules congelés. Le héros de l’histoire, né à partir de l’un de ces ovules, confronté à des problèmes d’identité se met en contact, à distance, avec un thérapeute… De là, le Docteur Carlos Pachuk s’est rendu compte de l’utilité différente mais complémentaire que pouvait avoir une thérapie virtuelle. L’un des premiers avantages c’est aussitôt révélé au médecin quand un jour, une patiente, s’est décidée à confesser un traumatisme de l’enfance parce qu’elle savait que personne ne pouvait la voir. Cette forme d’anonymat visuel a permis selon le Dr Pachuk beaucoup de progrès sur certains patients.

Avec l’arrivée de la webcam, l’exercice se rapproche de plus en plus à l’entretien face à face que l’on pourrait avoir avec son psychologue mais l’intérêt est ailleurs. Le docteur argentin a senti qu’à travers cette nouvelle technique, il pourrait constituer des groupes sur des bases différentes et avec une méthode de travail elle aussi modifiée mais non moins enrichissante. Dans le cas de thérapie de groupe, le système virtuel peut permettre une démultiplication des patients à travers le monde. Pour le Dr Pachuk, l’avancée est phénoménale et à l’avenir pourquoi ne pas envisager de constituer des groupes sur une même thématique au delà des critères géographiques, ethniques, nationaux ou de religion. Une nouvelle forme de thérapie intéressante qui a le mérite de vivre avec son temps mais à l’heure où la perte de chaleur humaine est surement l’une des premières causes de consultation, le virtuel sera-t-il compenser un manque réel ?



Adaptation libre des textes de Jean-Michel de Alberti et Maite Celayeta pour Le Vif Lifestyle.

5.2.11

Synagogues


Dominique Jarrassé, Synagogues: une architecture de l'identité juive, Adam Biro, 2001

Refusant le parcours strictement géographique ou chronologique, Dominique Jarrassé aborde ici de façon extrêmement séduisante l'architecture des synagogues à travers le monde et au travers des siècles. L'accent est en effet mis sur la relation architecture-histoire, sur le lien entre l'architecture et la condition des Juifs. Ainsi la synagogue apparaît-elle comme un véritable symbole de l'identité juive, comme le miroir aux multiples facettes des craintes, des aspirations, des orientations d'un peuple face aux persécutions, à l'exil et à la dispersion, à l'intégration dans des pays d'accueil, voire à sa renaissance nationale en Israël. Un ouvrage de référence passionnant et une clef de lecture probante pour comprendre, par exemple, pourquoi les synagogues ont puisé dans tous les styles, pourquoi le peuple juif n'a jamais élaboré un art qui lui soit propre et comment, en matière de synagogues, il n'existe pas un style mais une infinité de styles architecturaux, reflet de la multitude d'évènements qui touche le peuple juif depuis des siècles.
Loin des images toutes faites qui encombrent l'imaginaire de l'Occidental, la région du l'Asir, dans le sud-ouest de l'Arabie Saoudite, se distingue par une architecture et une tradition esthétique exceptionnelles. Les constructions de pierre sèche y sont décorées d'inclusions de quartz savamment agencées en compositions géométriques ou végétales. Les maisons en terre, elles, offrent la surprise de leurs façades peintes: arc-en-ciel cristallisés, débauches de couleurs stratifiées, explosions chromatiques sur fond de montagnes arides. Mais ces décors polychromes envahissent les murs et les escaliers, les plafonds et les portes. Fait remarquable, ce sont les femmes qui peignent, se transmettant ce savoir et cette étonnante créativité de génération en génération. Ce livre constitue l'étude géographique et esthétique complète d'un patrimoine très peu connu, mis en déséquilibre par les nouveaux modes de vie de ces régions jusque-là assez fermées, et digne d'être découvert et sauvegardé.

Sur l'auteur. Dominique Jarrassé est professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université Michel de Montaigne-Bordeaux III. Ses travaux portent sur l'architecture et l'art du XIXe siècle. A fait sa thèse (Paris IV) sur L'architecture thermale en France entre 1800 et 1850 et son HDR (Paris IV) sur L'Architecture des synagogues en France au XIXe siècle. A été chercheur à l’Institut Français d'Architecture pour l'exposition Villes d'eaux en France (1983-1985), puis maître de conférences à l’Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Spécialiste du patrimoine juif français et historien de l'Art, il a été commissaire de l'exposition du musée d'Orsay Le Temps des Synagogues en France 1791-1914, présentée en 1991. Il a publié des ouvrages concernant la peinture (La peinture française au XVIIIe siècle, 1999), les arts africain et océanien (Le palais des colonies. Histoire du musée des Arts d'Afrique et d'Océanie, 2002), l'architecture paysagère (L' Art des jardins parisiens, 2002) ou encore des artistes dont le travail fut déterminant tels qu'Auguste Rodin (Rodin : la passion du mouvement, 2001) ou Toulouse Lautrec (Henri de Toulouse-Lautrec-Monfa, 1991). Pourtant, l'essentiel de son oeuvre s'intéresse à la culture (L' Art juif, 1995), la diaspora (Les juifs de Clermont : une histoire mouvementée, 2002) et le patrimoine juif (Guide du patrimoine juif parisien, 2004). Il a publié L'Age d'or des synagogues (1991) et Une histoire des synagogues françaises. (1997). Son livre phare reste Synagogues - Une architecture de l'identité juive, dans lequel il aborde l'architecture juive d'un point de vue historique, touristique, sociologique et religieux, en s'appuyant sur l'expérience de personnalités emblématiques telles que Georges Pérec, Modigliani, Chagall ou encore Dreyfus. Passionné de littérature et d'histoire, il est actuellement professeur à l'Université Bordeaux 3. Son dernier ouvrage, Existe-t-il un art juif ?, pose la question essentielle de l'identité, et de son influence sur le travail et la reconnaissance artistique. Plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais et édités à l'étranger.


Interview. Propos recueillis par Thomas Yadan pour Evene.fr, Mai 2006. De l’art à l’identité, du judaïsme à l’altérité, Dominique Jarrassé entreprend avec talent l’histoire d’une question, bouleverse les catégories initiales de l’histoire de l’art et dévoile la généalogie d’un certain nombre de préjugés. Rencontre avec l’auteur du livre ‘Existe-t-il un art juif ?’

Pourquoi cet intérêt pour "l’art juif" ?

J’ai beaucoup travaillé sur la question de l’architecture des synagogues. En tant qu’historien d’art, je me suis posé des questions sur "l’art juif". Je me suis très vite aperçu que le plus important est moins le mot "art" que le mot "juif". Il y a une pluralité de réflexions, de définitions de "l'art juif", qu’il me semblait intéressant d’éclairer dans une perspective historique.

Vous avez restreint le terme "d’art juif" à l’art plastique ?

La musique mériterait aussi, évidemment, une réflexion du même ordre. Il y a une histoire du discours, du préjugé autour des juifs et de la musique, avec comme point initial, Wagner et l’incapacité des juifs, non pas à créer, mais plutôt à exploiter. J’ai également écarté la question de l’architecture que j’ai déjà traitée dans d’autres livres. En particulier, dans un livre intitulé ‘Synagogues’ avec comme sous-titre ‘Une architecture de l’identité juive’. Je tentais de prouver que l’identité juive est au coeur de la réflexion sur l’histoire de la construction des synagogues et qu’en même temps la judeïté n’est pas une chose donnée, définitive, unique, figée. Elle se crée et évolue au contact des civilisations, des contextes et des mutations internes au judaïsme, lui-même. Ainsi, dans ce livre, j’ai préféré restreindre la question à l’art plastique. Dans l’art plastique une problématique singulière concerne les aptitudes des juifs à produire de l’art. Pour deux raisons : soit des causes rabbiniques qui imposent une vocation morale, éthique au détriment de l’esthétique ; soit l’argument antisémite qui prétend que c’est congénital, qu’ils sont totalement incapables de faire de l’art. C’est une sorte de préjugé dont j’ai voulu faire la généalogie.

Votre livre est plus l’histoire d’une question, qu’une réponse à l’existence d’un "art juif"?

C’est un livre de questionnement où l’on trouvera un enrichissement de la question. C’est toujours sous cette forme que l’on s’est interrogé. Je signale, au passage, que l’on ne dit pas "Qu’est-ce que l’art juif ?" mais "Existe-t-il un art juif ?", formulation qui est le produit de ce fameux préjugé, dont je parlais tout à l’heure. Il me semble, aussi, que s’agissant de quelque chose qui touche en profondeur la relation de l’identité et de la culture juive, on doit le faire selon la méthode talmudique, en s’interrogeant insatiablement, en interrogeant les catégories que l’on utilise et en laissant le débat ouvert. Ouvert à des modalités de définition de l’art juif, que je ne vois, moi, que pluriel. Car, la grande erreur consiste à dire "art juif", lorsque évidemment, il y a une multitude d’identités juives. "L’art juif" ne peut pas exister à partir des modalités propres aux autres arts. Il y a une incapacité, pour l’historien d’art, à fermer la catégorie "art juif", à l’essentialiser. Paradoxalement, certains juifs en ont eu la tentation.

Votre livre est aussi une histoire des rapports entre l’artiste et une totalité politique ou culturelle englobante ?

Une part de mon travail consiste à réexaminer les catégories que l’on utilise en histoire de l’art. Il existe des catégories que nous avons, soi-disant, abandonnées, celles de Hippolyte Taine. C’est une pensée déterministe, énormément convoitée au XIXe siècle, réduisant l’artiste à n’être que le produit de la race, du lieu et du moment. La plupart de mes collègues continuent à faire implicitement du Taine. Prenons l’exemple de "l’art flamand". Dès que l’on cherche à trouver des caractéristiques spécifiques à l’art flamand, on retombe dans ces grandes géographies artistiques, on essentialise et on frustre l’individualité de l’artiste. L’art et les artistes contemporains, en particulier, ont revendiqué avec force le droit de ne pas être réduit au groupe, à la dimension collective. Une indépendance de l’artiste revendiquant l’universel en art. Or, qu’est-ce que l’on fait avec une histoire de l’art faisant des dictionnaires sur les artistes juifs ? Ces artistes sont venus en France pour échapper aux ghettos d’Europe de l’est où une situation politique précise les rivaient à leur statut de juif, et, paradoxalement, le marché de l’art est en train de les redéfinir exclusivement comme juif, de les ghettoïser.

Travailler sur "l’art juif" oblige donc à repenser les catégories de l’histoire de l’art ?

Ce livre est une réflexion sur les catégories de l’histoire de l’art et si je m’attaque à l’art juif, c’est pour, plus tard, m’attaquer à l’art français. C’est un travail que l’historien d’art n’a pas fait depuis le début du XIXe siècle. L’histoire de l’art s’est construite dans un contexte où l’on utilisait énormément les catégories de l’anthropologie. On rêvait d’une scientificité légitimée par les sciences naturelles, exaltant à cette époque la réalité de l’anthropologie raciale. Or, les autres disciplines ont fait un travail pour se libérer de cela. L’histoire de l’art ne l’a pas fait et continue à entretenir une tendance nationaliste. Regardez à l’exposition ‘La Force de l’art’, le débat en ce moment se focalise sur l’existence d’une scène "de l’art français". Par rapport à New York, par exemple, on a un complexe, alors on est en train, à coup d’expositions ou de séminaires, de produire un art officiel qui serait représentatif de la France. C’est complètement aberrant.

Vous préconisez alors une interprétation exclusivement plastique ?

Non ! L’histoire de l’art ne peut pas rester sur l’interprétation exclusivement plastique. Si vous voulez comprendre l’art du XIXe siècle et du début du XXe siècle, vous êtes bien obligés de prendre en compte toutes ces catégories. Se contenter d’une histoire de l’art moderne, en ne faisant que l’analyse des catégories plastiques, revient à évacuer la présence de l’identité juive. Il ne faut pas tomber, non plus, dans le formalisme pur. Mais, dans tous les cas, il est impensable de construire naïvement les catégories avec lesquelles on analyse l’art aujourd’hui par l’intermédiaire de celles issues du XIXe siècle. Le formalisme en art ou en histoire de l’art est aussi réducteur que le nationalisme. L’histoire de l’art, s'écrit surtout par rapport aux critères modernes, c'est-à-dire comment une avant-garde a engendré une autre avant-garde et ainsi de suite. Vous pouvez essayer de voir si les juifs ont joué un rôle dans cette avant-garde, recherches auxquelles se livrent certains historiens. Ce n’est pas le plus passionnant. Je crois que ce qui est plus intéressant, c’est de faire une place à des critères plus larges. En histoire de l’art, on peut prendre en compte des expériences artistiques, émanant de groupes artistiques qui sont définis sur un certain mode (juif tunisien, lituanien, américains, etc.), sans nier que les critères plastiques soient importants. Mais l’art est aussi l’aspiration à une expression identitaire ou expérimentale. On a alors plus d’ouvertures possibles, pour la construction d’une histoire de l’art plus globale, par la prise en compte d’expériences longtemps marginalisées, minimisées ou niées.

Quelle conclusion au sujet de "l’art juif" ?

Tout au long des débats historiques apparaît la tentative de fermeture, de repli, de définition dans une essence figée, fermée. La richesse du judaïsme a toujours été dans ce dialogue avec "l’Autre". On est rentré dans une phase où il existe de nouvelles modalités de l’existence de l’identité juive. Il faut absolument que ce qui est au coeur de "l’art juif" reste cette attention à l’altérité.